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Quand le Makhzen s’apitoie sur ses détenus en Algérie et abandonne ses morts à Ceuta

Par Mehenna H. – Il aura donc fallu que des Marocains soient détenus en Algérie pour que certains responsables marocains découvrent soudainement les vertus de la compassion. Un député vient de pousser des cris d’orfraie et d’interpeller le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita sur le sort de centaines de ressortissants marocains bloqués en Algérie, avouant par là-même que l’Algérie est une terre d’asile pour les sujets marocains cherchant à échapper à la misère chez eux.

Selon les informations rapportées par les médias marocains, plus de 800 dossiers sont suivis par une association spécialisée, dont plus de 600 concernent des personnes incarcérées et environ 113 Marocains ayant déjà purgé leur peine mais toujours retenus dans l’attente de leur expulsion. La question a désormais officiellement franchi les portes du Parlement marocain. Le député réclame au gouvernement d’accélérer les démarches auprès des autorités algériennes et de garantir le retour de ces ressortissants.

Voilà donc le régime marocain qui s’émeut du sort de ses ressortissants lorsque cette souffrance peut être transformée en nouvelle occasion d’accabler l’Algérie. Le spectacle est aussi bruyant que révélateur. Car où était cette même indignation lorsque des dizaines de Marocains mouraient en tentant de rejoindre Ceuta à la nage ? Où étaient les parlementaires, les ministres, les grandes déclarations solennelles et les demandes pressantes pour récupérer les dépouilles de ces jeunes Marocains ? Lorsque des hommes et des femmes désespérés risquent leur vie pour fuir une réalité sociale qui ne leur offre aucun avenir, leur mort mobilise beaucoup moins les responsables du royaume des chimères. Lorsqu’un Marocain est détenu en Algérie, il devient soudainement un symbole national ; lorsqu’un Marocain meurt en tentant de s’arracher au dénuement et au désespoir chez Mohammed VI, il devient beaucoup plus commode de détourner le regard.

Cette indignation hypocrite à géométrie variable rappelle également un épisode particulièrement douloureux de l’histoire du conflit du Sahara occidental, évoqué par le défunt général Khaled Nezzar : celui des milliers de soldats marocains capturés par le Front Polisario. Après des années de détention, les Sahraouis ont procédé à leur libération pour des raisons humanitaires, mais le roi Hassan II a refusé de les reprendre. Ces soldats, abandonnés à leur sort au Sahara Occidental, y ont vécu jusqu’à leur mort, certains succombant à la vieillesse, d’autres au chagrin et aux conditions de leur existence. Leur réintégration au Maroc aurait surtout signifié pour le palais la reconnaissance publique d’une réalité militaire que la monarchie cherchait à dissimuler, à savoir l’ampleur des défaites infligées à l’armée marocaine par les forces sahraouies. Hassan II a ainsi préféré sacrifier ses propres soldats plutôt que de laisser leur retour témoigner de la cuisante défaite de son armée au Sahara Occidental.

Lorsque le Marocain peut servir la communication du régime, le Makhzen se découvre une soudaine sollicitude ; lorsqu’il devient le témoin vivant d’un échec du pouvoir, il est abandonné au silence et à l’oubli.

C’est précisément cette histoire qui rend l’attitude actuelle particulièrement cynique. Le problème n’est pas tant le sort des Marocains détenus ou retenus en Algérie, mais l’usage politique qui est fait de leur situation. Le député marocain transforme leur sort en dossier diplomatique et en nouvelle occasion de mettre l’Algérie sur le banc des accusés. Mais si la compassion était réellement le moteur de cette démarche, pourquoi ne pas exiger avec la même vigueur le rapatriement des dépouilles des Marocains morts en Méditerranée ou à Ceuta ? Pourquoi cette solidarité officielle apparaît-elle si facilement lorsque l’Algérie peut être désignée comme responsable, et si difficilement lorsque le drame renvoie aux propres responsabilités du royaume ?

Le député croupion de Mohammed VI réclame aujourd’hui des comptes à l’Algérie : qu’il commence donc par poser les mêmes questions à son roi. Qu’il demande pourquoi les morts de Ceuta n’ont pas suscité la même mobilisation, pourquoi leurs familles n’ont pas bénéficié de la même attention et pourquoi la dignité des ressortissants marocains dépend de leur utilité dans la bataille politique contre l’Algérie.

M. H.

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