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Tebboune en Espagne : quand la réconciliation avec l’Algérie rebat les cartes face au Maroc

Par Nabil D. – La visite du président Tebboune à Madrid, annoncée pour octobre prochain, ne sera pas un simple déplacement diplomatique. Elle devra surtout constituer l’aboutissement politique du réchauffement des relations entre l’Algérie et l’Espagne, après plusieurs années de crise et de méfiance.

L’information a été rapportée par plusieurs médias espagnols. Le quotidien El Independiente affirme que le président de la République effectuera en octobre une visite d’Etat en Espagne, à l’invitation du roi Felipe VI et du président du gouvernement Pedro Sanchez.

Si la date précise et le programme n’ont pas encore fait l’objet d’une annonce officielle, le contexte politique donne à cette visite une portée particulière. Elle intervient après la venue de Pedro Sanchez à Alger, le 20 juillet dernier, au cours de laquelle les deux pays ont affiché leur volonté d’ouvrir «une nouvelle étape» dans leurs relations.

Surtout, les deux dirigeants ont confirmé la tenue, en octobre, de la 8e Réunion de haut niveau algéro-espagnole, la première depuis 2018. Cette échéance constitue le principal cadre institutionnel du rapprochement en cours.

Le contraste avec la période récente est saisissant. En 2022, les relations entre Alger et Madrid avaient connu une grave détérioration après le changement de position du gouvernement Sanchez sur le Sahara Occidental. En prenant fait et cause pour le plan marocain d’autonomie, considéré par Madrid comme la base «la plus sérieuse, réaliste et crédible» pour régler le conflit, l’Espagne avait provoqué une réaction particulièrement ferme de l’Algérie. Le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avait été suspendu et les relations bilatérales pratiquement gelées.

Trois ans plus tard, la logique semble s’être inversée. L’énergie constitue évidemment l’un des moteurs de cette nouvelle dynamique. L’Algérie demeure un fournisseur majeur de gaz pour l’Espagne, tandis que Madrid cherche à consolider ses relations énergétiques avec Alger, notamment dans le contexte de la transition énergétique européenne.

Mais l’enjeu dépasse désormais le seul gaz. Sécurité, migration, lutte contre la criminalité transfrontalière, coopération judiciaire, investissements, énergies renouvelables et relations avec l’Union européenne figurent également parmi les dossiers susceptibles d’être relancés.

La visite de Tebboune à Madrid apparaît comme un test politique pour les deux capitales. Pour Alger, elle pourrait consacrer le retour à une relation pragmatique avec l’Espagne sans effacer les divergences sur le Sahara Occidental. Pour Madrid, elle permettrait de transformer le rapprochement amorcé avec Alger en partenariat durable, sur fond de conflit larvé avec le Maroc qui risque de dégénérer à n’importe quel moment, en raison des provocations incessantes du régime de Rabat.

Le rapprochement avec Alger intervient surtout à un moment où les relations entre Madrid et Rabat traversent une nouvelle zone de turbulences. Les tensions se sont multipliées, avec des accusations et des mises en garde de plus en plus fermes venues de responsables espagnols à l’encontre du Maroc. Madrid reproche notamment à Rabat des pratiques déstabilisatrices et une instrumentalisation de dossiers sensibles, tandis que des responsables espagnols ont publiquement averti que toute pression ou action susceptible de porter atteinte aux intérêts espagnols entraînerait une réponse de Madrid.

Cette montée de ton est d’autant plus significative que l’Espagne avait fait, depuis 2022, du rapprochement avec le Maroc l’un des piliers de sa politique maghrébine, au prix d’une grave crise avec l’Algérie. Le fait que Madrid cherche aujourd’hui à restaurer un dialogue politique de haut niveau avec l’Algérie, alors même que les relations avec Rabat connaissent de nouvelles crispations, traduit un changement de contexte. La question n’est plus seulement de savoir comment l’Espagne peut ménager ses deux voisins du Maghreb, mais jusqu’où elle est prête à aller pour défendre ses propres intérêts face aux provocations marocaines.

Dans cette perspective, la visite de Tebboune prend une dimension supplémentaire, tant elle intervient au moment précis où Madrid cherche à reprendre une marge de manœuvre stratégique face à Rabat, après avoir longtemps donné le sentiment que le Maroc occupait une position privilégiée dans sa politique régionale.

N. D.

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