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Ceuta : le roi Felipe VI d’Espagne réunit un Conseil de guerre et en exclut Pedro Sanchez

Par Mehenna H. – L’image est lourde de symboles. Réuni au palais de la Zarzuela à Madrid, le roi Felipe VI, en tenue militaire, a présidé une réunion consacrée exclusivement à la situation de Ceuta sous l’angle de la défense. Autour de lui : la ministre de la Défense, le chef d’état-major des armées, le commandant général de Ceuta ainsi que plusieurs responsables opérationnels. Le communiqué de la Maison royale est laconique. La photographie, elle, ne l’est pas.

Dans un pays où les questions de défense relèvent du gouvernement, voir le roi en personne réunir l’appareil militaire autour de Ceuta constitue un signal politique évident : la question de l’enclave n’est plus traitée comme un simple problème migratoire ou diplomatique, mais comme une question de souveraineté et de sécurité nationale. En clair, Felipe VI reprend la main sur un dossier dans lequel le gouvernement de Pedro Sanchez apparaît de plus en plus fragilisé.

La crise a éclaté avec une brutalité spectaculaire. Les 30 et 31 juillet derniers, plus de 70 000 Marocains ont franchi la frontière de Ceuta, dans ce qui s’est transformé en véritable démonstration de force aux portes du territoire espagnol. Des rapports des services de renseignement espagnols ont depuis mis en cause le rôle des autorités marocaines et évoqué une opération organisée depuis le Maroc. Madrid n’est, dès lors, plus face à une crise migratoire, mais face à une instrumentalisation délibérée des flux humains à des fins de pression politique, instiguée par les Etats-Unis et Israël.

Cette situation trouve son origine dans le spectaculaire virage opéré par Pedro Sanchez à l’égard du régime de Rabat. En mars 2022, le chef du gouvernement espagnol a décidé unilatéralement de soutenir le plan marocain d’autonomie au Sahara Occidental, rompant avec la position traditionnelle de Madrid et sans soumettre au préalable cette réorientation majeure au Parlement. Sanchez pensait obtenir en retour une relation privilégiée avec le Makhzen et une coopération renforcée sur la question migratoire. Le résultat ressemble aujourd’hui à un marché de dupes.

L’Espagne s’est progressivement retrouvée dépendante du bon vouloir marocain pour contrôler une partie de ses frontières. Le scandale Pegasus, qui a révélé l’espionnage du téléphone de Sanchez et de hauts responsables espagnols, a en outre jeté une ombre particulièrement lourde sur cette relation. L’affaire a paralysé politiquement le chef du gouvernement, incapable d’adopter à l’égard de Rabat la fermeté qu’exige la protection des intérêts espagnols.

Et pendant que Madrid temporise, ses partenaires européens s’impatientent. L’Espagne est accusée de laisser devenir sa frontière sud une véritable passoire, faisant peser sur l’ensemble de l’Europe les conséquences de sa politique marocaine pusillanime.

C’est pourquoi la réunion de Felipe VI prend aujourd’hui une dimension particulière. En uniforme, face à l’état-major, le roi rappelle une évidence que Sanchez semble avoir oubliée, celle-là que Ceuta est espagnole et que sa défense ne saurait être subordonnée aux exigences d’un Etat étranger.

Le message du roi Felipe VI Zarzuela est limpide : la politique diplomatique timorée de Pedro Sanchez met en péril la souveraineté nationale. Aussi l’heure n’est plus aux concessions mais à la défense.

M. H.

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