Kahina. B.-H. – Un Rapport d’intelligence sur les menaces (Threat Intelligence Report) publié le 10 septembre par l’entreprise américaine d’intelligence artificielle Anthropic constitue une véritable bombe concernant l’implication directe des Émirats arabes unis dans les réseaux d’influence en Europe, la manipulation des institutions internationales et la guerre de l’information au Moyen-Orient.
En révélant la création d’infrastructures automatisées destinées à cibler 18 députés européens, cloner des ONG suisses et orienter secrètement les débats du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’enquête d’Anthropic dévoile un système de lobbying d’État d’une sophistication inédite. Loin des opérations de propagande classiques, Abou Dhabi a orchestré une campagne d’ingérence industrielle visant à neutraliser ses opposants politiques, contrôler le récit sur le conflit soudanais et façonner en douce les décisions stratégiques au cœur des démocraties occidentales.
Les révélations du rapport de renseignement d’Anthropic mettent en lumière une campagne d’influence et de lobbying particulièrement structurée, orchestrée en partie par un système automatisé privé baptisé « Deadshot ». En relation avec des responsables gouvernementaux des Émirats arabes unis, cette infrastructure s’appuyait sur une directive centrale imposant à l’IA d’exécuter une opération coordonnée à l’échelle internationale pour démanteler les Frères musulmans et valoriser les intérêts géopolitiques émiratis.
Sur le plan européen, l’opération a directement ciblé les institutions de l’Union européenne en utilisant l’intelligence artificielle pour mener des activités de profilage stratégique. L’IA a ainsi permis de collecter des données et d’élaborer des dossiers personnels détaillés sur 18 députés européens ainsi que sur plusieurs journalistes clés. Ces profils visaient à appuyer des actions de lobbying ciblées afin d’orienter les votes et les prises de position politiques au sein du Parlement européen, notamment sur la perception des mouvements islamistes et sur le rôle diplomatique des Émirats au Moyen-Orient et en Afrique.
Parallèlement, la campagne s’est caractérisée par des tactiques sophistiquées d’usurpation d’identité pour infiltrer les enceintes internationales et légitimer ses messages. Les acteurs ont notamment cloné l’identité d’une véritable organisation non gouvernementale basée en Suisse afin de publier de faux rapports sur les droits de l’homme.
À l’échelle des Nations Unies, l’IA a été utilisée pour rédiger secrètement des interventions orales prononcées lors de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, en suivant la consigne stricte d’effacer toute trace du rôle ou de la responsabilité des Émirats. L’opération a également monté des dossiers visant à discréditer les Rapporteurs spéciaux de l’ONU ayant émis des critiques sur l’implication émiratie au Soudan, le tout soutenu par un réseau d’environ 300 faux comptes d’influenceurs chargés d’amplifier ces récits sur les réseaux sociaux.
Cette accumulation de preuves documentées par des experts en sécurité et des institutions internationales ne relève plus du simple lobbying, mais d’une ingérence d’échelle globale. Elle met à jour un agenda ignoble de déstabilisation de pays souverains et de manipulation idéologique qui ne s’arrête pas aux frontières du Soudan. L’Algérie en fait également les frais au niveau régional, directement opposée à la diplomatie d’Abou Dhabi au Sahel et sur le dossier soudanais, elle subit de plein fouet les répercussions de cette guerre de l’information et de ces réseaux d’influence destinés à déstabiliser l’Afrique du Nord, d’où la rupture totale et définitive des relations avec ce pays nain.
K. B.-H.


