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Fuite en avant fatale

Par Mehenna H. – Fuite en avant. C’est inexorablement l’expression qui résume le mieux l’évolution de la politique marocaine à l’égard d’Israël. Ce qui était présenté hier comme une simple normalisation diplomatique est devenu, en quelques années, une vassalité de plus en plus assumée, jusqu’à l’annonce de l’ouverture d’une ambassade israélienne à Rabat.

Derrière cette accélération se dessine une ambition qui dépasse largement la diplomatie. Le pouvoir marocain se tue à transformer sa honteuse soumission à l’entité sioniste en levier de puissance régionale, notamment dans son rapport de force avec l’Algérie. Coopération militaire, technologies de sécurité, renseignement, investissements et soutien diplomatique : le régime de Rabat multiplie les domaines dans lesquels il entend tirer profit de son alliance avec Tel-Aviv.

Mais cette quête de puissance pose une question fondamentale : que reste-t-il de la souveraineté lorsqu’un Etat, qui plus est lilliputien, cherche à renforcer son poids régional en s’adossant toujours davantage à une puissance étrangère ?

C’est là que réside le paradoxe de la stratégie du Makhzen. En cherchant à réduire l’écart qui le sépare de l’Algérie – ce qu’il ne pourra jamais atteindre –, le Maroc crée, en fait, une nouvelle forme de dépendance. L’appui israélien peut offrir des capacités militaires, technologiques ou diplomatiques supplémentaires, mais il est loin de pouvoir se substituer à la construction d’une puissance autonome.

A vouloir faire d’Israël un multiplicateur de puissance face à l’Algérie, le Makhzen commet ainsi une erreur de calcul majeure : transformer une rivalité régionale en facteur de dépendance extérieure. Car une alliance n’est jamais gratuite. Elle crée des intérêts communs, mais aussi des obligations, des contraintes et des vulnérabilités.

La question devient dès lors celle du prix de cette fuite en avant. Le Maroc gagne-t-il réellement en souveraineté en renforçant une relation avec une puissance étrangère, ou échange-t-il simplement une faiblesse régionale contre une dépendance stratégique ?

L’opposition marocaine et les mouvements hostiles à la normalisation – de plus en plus nombreux et de plus en plus en colère – dénoncent précisément cette dérive. Ils savent que l’implantation israélienne dépasse progressivement le cadre diplomatique pour s’étendre à des secteurs stratégiques d’un royaume aux abois, qui ploie sous le poids d’une dette abyssale, dépensée dans les stades de football et les tours bling-bling. Le terme de «colonisation», utilisé par les sujets marocains, traduit la profondeur de leur inquiétude.

A force de chercher à jouer les puissances régionales avec les moyens d’une puissance étrangère, le régime de Rabat va découvrir, très bientôt, que la fuite en avant ne mène jamais à la puissance, mais qu’elle conduit à l’anéantissement pur et simple.

M. H.

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