De Rome, Mourad Rouighi – En tant que seul pays occidental à maintenir une mission militaire au Niger, l’Italie est bien décidée à renforcer sa coopération avec les autorités de Niamey et ce pour nombre de considérations que nous évoquerons à travers ce récapitulatif des étapes précédentes, qui prend en compte plusieurs chapitres de la coopération croissante entre les deux pays.
Tout d’abord l’attentat qui a secoué l’aéroport de la capitale nigérienne fin août dernier et la nouvelle tentative de coup d’Etat avortée grâce à la vigilance de Niamey et de ses alliés, au lieu de décourager Rome, ont eu pour résultat de renforcer les relations militaires entre le Niger et l’Italie et d’ébaucher de nouvelles formules de collaboration, dans ce domaine et dans d’autres. Car l’objectif pour l’Italie est de s’imposer comme un interlocuteur clé de Niamey, pour lutter efficacement contre les réseaux terroristes et les divers trafics criminels qui se croient à l’abri dans la région du Sahel.
A cela s’ajoute le gazoduc transsaharien qui reliera le Nigeria à l’Algérie, précisément à travers le Niger, qui intéresse au premier chef l’Italie, qui espère ainsi renforcer son rôle de hub énergétique européen, un projet où notre pays est appelé à agir en tant que pivot central entre un grand producteur gazier africain, le Nigeria, et les marchés mondiaux, sans oublier ses propres ressources dans ce domaine.
Il est clair qu’une telle éventualité dérange plusieurs capitales qui ne se cachent plus lorsqu’il s’agit de déstabiliser un pays comme le Niger, dont la position charnière est centrale pour les objectifs que se sont fixé plusieurs pays, dont l’Algérie, de stabiliser la région par le développement et le partage des ressources. D’ailleurs, c’est le sens que veut donner l’Italie au Plan Mattei, qu’elle a lancé en 2022 pour donner la primauté aux échanges économiques, au lieu de se focaliser sur la sécurité et le volet migratoire.
Cette coopération devient donc hautement stratégique, tournant autour de la mission MISIN, lancée en tant que programme de coopération bilatérale. Un programme de formation – en dehors de tout cadre de l’UE ou de l’ONU –, caractérisé notamment par l’installation d’une structure militaire et d’un centre médico-sanitaire italiens. Les officiers italiens présents à Niamey, nous dit-on à Rome, ont noué d’excellentes relations avec leurs homologues nigériens, et la présence italienne est très appréciée de ces derniers. Enfin, le projet d’assistance se concentre sur la formation et n’implique pas le déploiement de ces unités sur le terrain.
Un expert militaire italien nous dit, par ailleurs, que maintenir la coopération avec le gouvernement nigérien, malgré les menaces à peine voilées des derniers mois et alors que tous les autres acteurs occidentaux – la France en particulier – ont été forcé de plier bagage, devrait conférer un rôle de partenaire étranger privilégié, bien au-delà du seul secteur de la défense. Cela pourrait se traduire par un positionnement politique et économique avantageux, eu égard aux nombreux chantiers de collaboration qui unissent désormais Rome à Niamey.
Une perspective qui s’inscrirait dans cette complémentarité économique entre l’Afrique et l’Europe, que notre pays recherche et dont le positionnement géographique le propulse aux premiers rôles.
M. R.



