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Quand Sansal devient son propre héros : anatomie d’une autocanonisation littéraire

Par Mehenna H. – Le «livre»La Légende, rédigé par on ne sait quel nègre des éditions Grasset sous la signature de l’inculte Boualem Sansal, est avant tout occupé à bâtir un monument à son faux auteur.

Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il n’est pas seulement question d’un homme arrêté et emprisonné. Non. Il est question d’un destin «exceptionnel», d’une affaire censée ébranler l’Algérie, la France et jusqu’aux fondements mêmes de la liberté humaine. Excusez du peu ! A entendre le narrateur, son arrestation n’est pas un événement politique parmi d’autres, mais devient un séisme historique, presque métaphysique. Cette inflation permanente du «moi» au lieu de susciter l’empathie recherchée désespérément, nourrit la perplexité même chez ceux qui avalaient encore la rhétorique creuse de Sansal et le complexe politique, médiatique et littéraire qui le porte aux nues.

Le principal défaut du dernier né de Grasset réside dans cette tendance irrépressible à la grandiloquence. Chaque épisode du récit est aussitôt élevé au rang d’allégorie universelle. Abraham, Jésus, Orwell, Soljenitsyne, Dreyfus, Navalny : les références s’accumulent comme autant de décorations accrochées à un uniforme déjà surchargé. Le lecteur n’est plus invité à comprendre une expérience, mais à assister à une cérémonie d’autocanonisation.

L’écriture elle-même participe de cette dérive. Les phrases s’étirent, les digressions prolifèrent, les métaphores s’empilent jusqu’à l’étouffement. Une arrestation devient une méditation sur le destin ; une cellule de prison ouvre sur la théologie, la géopolitique, la linguistique ou la mécanique du cosmos. A force de vouloir tout dire, l’auteur [plutôt le nègre] finit par diluer ce qu’il avait à enjoliver.

Le livre souffre d’un manichéisme tenace. D’un côté, un narrateur héroïsé, prétendument lucide, courageux et porteur de vérité ; de l’autre, un appareil d’Etat présenté comme uniformément grotesque, servile ou malveillant. Les nuances disparaissent au profit d’une opposition simpliste entre le Bien et le Mal.

Plus criante encore est la fascination du texte pour sa propre «légende». Le narrateur affirme à plusieurs reprises que son cas est devenu «l’affaire du siècle», qu’il incarne un symbole, qu’une force historique est à l’œuvre autour de sa personne. A mesure que les pages avancent, l’homme réel s’efface derrière une figure héroïque fallacieusement mise en scène. Le témoignage cède alors la place à une entreprise de mythification personnelle.

C’est finalement le paradoxe de La Légende. Le livre prétend dénoncer les récits officiels, les mythes politiques et les constructions idéologiques. Pourtant, il s’emploie à bâtir sa propre mythologie personnelle. Les lecteurs français, gonflés à l’enthousiasme avant la parution du navet, attendaient un témoignage sobre et puissant sur «l’arbitraire» et «l’enfermement», mais découvrent un exercice d’autoglorification. Venus entendre une voix, ils se retrouvent confrontés à un écho qui parle de lui-même à lui-même.

M. H.

(Linguiste)

N.-B. : Pour l’ingénieur Sansal, les jours et les nuits comptent le même nombre d’heures. Nous le savions piètre écrivain, nous le découvrons pitoyable scientifique.

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