Par M. Aït Amara – Les masques tombent toujours, surtout en diplomatie. Malgré les déclarations lénifiantes sur la nécessité de renouer le dialogue avec l’Algérie, la France vient une nouvelle fois de démontrer que ses actes contredisent systématiquement ses paroles. La première visite officielle du nouvel ambassadeur français au Maroc, Philippe Lalliot, à Laâyoune, au Sahara Occidental, constitue un signal politique d’une limpidité absolue.
Cette visite n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans la dynamique affichée de renforcement de la présence institutionnelle et culturelle française dans les territoires sahraouis illégalement occupés par le Maroc. Les autorités marocaines présentent ce déplacement comme une nouvelle étape dans le développement du partenariat franco-marocain et dans la consolidation de la reconnaissance de fait de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental.
Comment, dès lors, Paris peut-il encore prétendre vouloir restaurer une relation de confiance avec Alger ? Comment espérer un quelconque réchauffement lorsque, dans le même temps, la diplomatie française multiplie les gestes qui confortent les positions marocaines sur le dossier le plus sensible pour l’Algérie ?
Le pouvoir macroniste continue de pratiquer un double langage dont plus personne n’est dupe. Aux Algériens, il promet le respect mutuel, le dialogue et une nouvelle page dans les relations bilatérales. Aux Marocains, il offre des gestes politiques toujours plus explicites, quitte à piétiner le droit international. Cette diplomatie de l’ambiguïté permanente n’est plus seulement incohérente ; elle est devenue contre-productive.
L’Elysée semble croire qu’il est encore possible de ménager simultanément Rabat et Alger en adaptant son discours selon l’interlocuteur. Mais cette époque est révolue. Chaque geste est scruté, chaque déplacement est interprété, chaque symbole pèse davantage que les déclarations officielles. En choisissant Laâyoune pour l’une des premières sorties de son nouvel ambassadeur, la France sait parfaitement le message qu’elle envoie.
Ce nouvel épisode ne contribuera qu’à approfondir une crise déjà durable entre l’Algérie et la France. Surtout, il met à nu une constante de la diplomatie macronienne : afficher la volonté de réconcilier tout en alimentant les sujets de discorde. Le proverbe ne s’est jamais aussi bien appliqué. Chassez le naturel, il revient au galop. Et le naturel de cette France-là demeure celui du calcul, de l’ambiguïté et de l’hypocrisie.
M. A.-A.


