Par Nabil D. – L’afflux massif de milliers de migrants marocains à Ceuta à la fin du mois de juillet continue de produire des répercussions bien au-delà de la gestion de la frontière. En Espagne, plusieurs voix du monde académique, politique et diplomatique estiment que cette crise constitue un nouvel épisode de la stratégie de pression exercée par le Maroc sur Madrid et appellent le gouvernement à revoir sa position sur le Sahara Occidental.
Pour de nombreux observateurs, cette arrivée de civils marocains rappelle, par sa logique politique, la «marche verte» de 1975, lorsque Hassan II avait mobilisé des centaines de milliers de personnes vers le Sahara alors administré par l’Espagne afin de contraindre Madrid à céder le territoire. Si le contexte est différent, de nombreux spécialistes considèrent que l’utilisation de flux de population comme moyen de pression s’inscrit dans une continuité des méthodes employées par Rabat.
Dans une tribune publiée dans El Pais, la professeure de droit international Ana Manero Salvador estime que l’Espagne devrait tirer les conséquences de cette nouvelle crise. Selon elle, le gouvernement de Pedro Sanchez devrait reconsidérer le soutien apporté en 2022 au plan marocain d’autonomie pour le Sahara Occidental, une inflexion diplomatique qui avait rompu avec la traditionnelle neutralité espagnole et provoqué une grave crise avec l’Algérie.
L’universitaire rappelle que le Sahara Occidental demeure, aux yeux des Nations unies, un territoire non autonome en attente de décolonisation et que le droit international continue de reconnaître au peuple sahraoui le droit à l’autodétermination. Elle souligne également que la résolution 2797 adoptée en 2025 par le Conseil de sécurité, tout en considérant le plan marocain comme une base de négociation, réaffirme que toute solution définitive doit respecter la volonté librement exprimée des Sahraouis.
Pour les partisans d’un changement de cap, maintenir l’appui au plan marocain après les événements de Ceuta reviendrait à conforter une politique qui n’a pas empêché les tensions bilatérales. Ils estiment au contraire que Madrid devrait revenir à une position davantage alignée sur le droit international et les résolutions de l’ONU, en abandonnant la reconnaissance politique accordée par Pedro Sanchez au projet d’autonomie marocain.
Si le gouvernement espagnol n’a, pour l’heure, donné aucun signe d’un revirement, la crise de Ceuta ravive un débat sensible sur les relations avec Rabat et sur le coût diplomatique de la nouvelle doctrine espagnole concernant le Sahara Occidental.
N. D.



