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Invasion de Ceuta : comment Washington a offert un blanc-seing au régime marocain

Par Kahina B.- H. – Thomas Massie, membre du Parti républicain et représentant du 4e district du Kentucky à la Chambre des représentants des Etats-Unis, a vivement fustigé ses collègues conservateurs et la chaîne Fox News, les accusant de faire preuve d’une «indignation feinte» face aux tensions territoriales et migratoires en Espagne.

Dans un message cash publié sur le réseau X, l’élu libertarien a révélé être le seul député de son camp à s’être opposé, deux semaines plus tôt, à un texte budgétaire à la Chambre légitimant selon lui les revendications du Maroc sur des territoires espagnols. Il dénonce ainsi une hypocrisie politique flagrante au sein du Parti républicain, dont les membres feignent aujourd’hui d’être choqués par une crise qu’ils ont eux-mêmes contribué à alimenter à Washington.

Pour appuyer sa dénonciation, Thomas Massie s’appuie sur une preuve matérielle : le rapport budgétaire américain. Dans le paragraphe consacré au Maroc, à la page 88 du texte, la commission des appropriations de la Chambre (House Committee on Appropriations) affirme explicitement que : «Le Comité note que les villes sous administration espagnole de Ceuta et Melilla sont situées en territoire marocain et demeurent l’objet de la revendication de longue date du Maroc.»

En qualifiant Ceuta et Melilla de «villes sous administration espagnole» situées «en territoire marocain», ce document officiel américain remet implicitement en cause la souveraineté espagnole sur ces enclaves. Le texte va même jusqu’à encourager un engagement diplomatique entre l’Espagne et le Maroc sur le «statut futur» de ces territoires. Une prise de position diplomatique majeure passée sous silence par les élus républicains lors du vote, mais aujourd’hui au cœur du malaise.

D’autant que cette déclaration politique s’accompagne d’un soutien financier concret : le même paragraphe accorde au moins 40 millions de dollars d’aide militaire et de sécurité à Rabat. Cela montre que cette déclaration politique s’accompagne d’un soutien financier concret de Washington.

En Espagne, la révélation de ce document américain a provoqué une onde de choc. L’opposition accuse le gouvernement de Pedro Sanchez de faiblesse diplomatique, tandis que Madrid réaffirme fermement que la souveraineté sur Ceuta et Melilla reste incontestable et non négociable.

Au vu de ces éléments, la question se pose : Rabat s’est-il senti suffisamment couvert par Washington pour ouvrir les portes à la frontière et laisser près de 60 000 personnes déferler vers Ceuta ?

En inscrivant noir sur blanc dans un texte budgétaire officiel que Ceuta et Melilla sont situées en territoire marocain, le Congrès américain n’a pas seulement octroyé 40 millions de dollars d’aide sécuritaire au royaume alaouite. Il lui a offert un véritable soutien géopolitique.

Sans qu’il s’agisse d’un ordre direct de Washington, cette reconnaissance américaine a fonctionné pour le régime voyou du Maroc comme un blanc-seing diplomatique : la certitude que la première puissance mondiale validerait tacitement ses revendications territoriales et ne sanctionnerait pas l’utilisation de la pression migratoire comme levier stratégique face à Madrid.

K. B.-H.

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