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Quand le sieur Sansal se prend pour un stratège et s’effondre piteusement en rase campagne

Par Mohamed K. – On sait, depuis Audiard, que les cons «ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît». En géopolitique aussi, visiblement.

Il fallait oser. Boualem Sansal, potiche du Goncourt reconvertie en éditorialiste de complaisance, se demande dans une tribune commandée par son employeur, un site marocain porte-voix officieux du Makhzen, si l’Algérie prépare une guerre contre le Maroc. Rien que ça.

Sa démonstration tient en trois raccourcis et une brassée de contrevérités. L’Algérie augmente son budget militaire : preuve qu’elle prépare la guerre. Elle renforce ses frontières : preuve qu’elle prépare une offensive. Elle renoue avec la Tunisie et cherche à recoller les morceaux avec le Mali : preuve qu’elle bâtit un «axe anti-marocain». Elle qualifie le Sahara de question de sécurité nationale : preuve, forcément, que la nature du conflit aurait changé.

Notre apprenti expert en géopolitique de comptoir oublie simplement que la guerre couve depuis la rupture du cessez-le-feu au Sahara Occidental, elle-même consécutive à l’invasion par l’armée marocaine de la zone tampon de Guerguerat. Il oublie aussi, ou feint d’ignorer, que le terrorisme, la criminalité organisée, les flux migratoires irréguliers et les trafics en tout genre figurent dans la doctrine militaire de n’importe quel État un tant soit peu sérieux.

Bref, de toute cette longue litanie, rien ne tient debout.

Comparer les budgets militaires des deux pays sans préciser que l’Algérie fait 5,3 fois la superficie du Maroc, avec un linéaire frontalier autrement plus vaste et plusieurs foyers d’instabilité sahéliens à surveiller, relève soit de l’ignorance, soit de la malhonnêteté, et chez Sansal, on a rarement le luxe du doute.

Notre géopolitologue néophyte confond avec un aplomb confondant capacité militaire, posture stratégique et intention politique. Une doctrine de sécurité nationale n’est pas un ordre d’invasion. Un budget de défense n’est pas un plan d’état-major.

Même recette éculée avec la Tunisie et le Mali : le moindre geste diplomatique devient aussitôt une pièce du puzzle anti-marocain. De quoi ravir tous ceux qui diagnostiquent chez certains commentateurs marocains un syndrome insulaire carabiné, doublé d’une psychose du containment et d’une bonne vieille névrose obsidionale. La méthode est toujours la même : poser l’hypothèse d’abord, plier ensuite chaque fait à sa confirmation. Un procédé qui tient davantage du charlatanisme que de l’analyse.

C’est très exactement ce qu’on pourrait appeler de la géopolitique d’horoscope : on annonce l’événement, puis on va chercher dans les astres, ou dans les communiqués biaisés, tout ce qui permettra de dire qu’on l’avait prédit.

Et quand l’auteur lui-même concède que «personne ne peut aujourd’hui établir» que l’Algérie prépare une guerre, sonner le tocsin devient carrément comique. Il y avait pourtant une question toute simple à se poser avant de lancer l’alerte : où sont les preuves ?

Mais on sait, depuis Audiard, que les cons «ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît». En géopolitique aussi, visiblement.

M. K.

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