Par M. Aït Amara – La normalisation des relations entre le Maroc et Israël n’aura manifestement pas suffi à faire de Rabat un partenaire prioritaire aux yeux de Tel-Aviv. C’est le message particulièrement clair qui ressort des déclarations de Dana Erlich, chargée d’affaires de l’ambassade d’Israël en Espagne, rapportées par le journal espagnol Andalucía Información.
Alors que le Maroc a fait du rapprochement avec Israël un axe important de sa stratégie diplomatique, la représentante israélienne à Madrid a tenu à rappeler sans ambages que l’Espagne demeure un «allié important et historique». Une déclaration qui constitue un sérieux camouflet pour le régime de Rabat : malgré le rapprochement apparent entre le Maroc et Israël, Madrid conserve une place que Tel-Aviv ne semble nullement disposé à sacrifier au profit du royaume.
Le message est d’autant plus embarrassant pour le Makhzen qu’il intervient dans un contexte de fortes tensions entre l’Espagne et le Maroc, notamment autour de Ceuta. Dana Erlich a par ailleurs dénoncé l’utilisation d’Israël comme «écran de fumée» par le gouvernement espagnol à propos des événements survenus dans l’enclave.
La diplomate israélienne s’est dite surprise par les déclarations du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui avait accusé Israël d’avoir diffusé de la désinformation au sujet de Ceuta sans, selon elle, présenter de preuves. Pour Erlich, cette polémique détourne l’attention de questions plus importantes, notamment la situation migratoire à Ceuta.
Surtout, la représentante israélienne a clairement affirmé qu’Israël ne nourrissait aucun doute concernant le contrôle espagnol de Ceuta. Elle a même rappelé que la ville avait constitué l’une de ses premières visites officielles après son arrivée en Espagne.
Le rapprochement entre Israël et le Maroc avait été présenté comme une évolution diplomatique majeure pour Rabat. Les Accords d’Abraham de 2020 avaient ouvert une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays, venant s’ajouter aux liens historiques liés notamment à la présence de nombreux juifs d’origine marocaine en Israël.
Mais les déclarations de Dana Erlich viennent rappeler une réalité moins flatteuse pour le Maroc : la proximité avec Israël ne signifie pas que le Makhzen dispose d’un quelconque droit de priorité sur l’Espagne.
Bien au contraire, la diplomate isréalienne insiste sur l’importance de l’Espagne pour Israël, aussi bien pour des raisons historiques que pour l’avenir. Une manière de rappeler que la relation israélo-marocaine, aussi étroite soit-elle, ne bouleverse pas les alliances et les intérêts fondamentaux de l’Etat hébreu.
Le revers est d’autant plus sensible pour le gouvernement marocain que ses relations avec l’Espagne avait connu, ces dernières années, d’importantes évolutions, notamment autour de la question du Sahara Occidental et des dossiers migratoires. Le Makhzen pouvait espérer que son rapprochement avec Israël renforcerait considérablement son poids diplomatique. Les propos tenus à Madrid montrent surtout que Tel-Aviv se sert du Maroc pour ses intérêts propres et ne se range aucunement derrière les positions marocaines.
Si Dana Erlich a également critiqué la politique du gouvernement Sanchez à l’égard d’Israël, il n’en demeure pas moins que derrière cette passe d’armes entre Madrid et Tel-Aviv se dessine surtout un constat embarrassant pour Rabat : la normalisation avec Israël n’a pas transformé ce dernier en relais automatique des intérêts marocains en Europe.
Au contraire, lorsque les intérêts israéliens sont directement concernés, Netanyahou rappelle à son suppôt Mohammed VI que l’Espagne reste un partenaire majeur. Pour les niais dirigeants marocains, qui avaient largement misé sur le rapprochement avec Israël pour faire gagner quelque influence diplomatique au micro-Etat qu’est le Maroc, le message est difficile à ignorer.
La conclusion est brutale : Israël peut se rapprocher du Maroc sans pour autant choisir le Maroc contre l’Espagne, ni même contre la République sahraouie dont il adopte la carte officielle qui la distingue clairement du Maroc. Et la déclaration de Dana Erlich, en réaffirmant publiquement le caractère «important et historique» de l’alliance avec Madrid, inflige au Makhzen un camouflet qui met crûment en lumière les limites géopolitiques de sa stratégie de normalisation.
M. A.-A.


