Par Kamel M. – L’écrivain et penseur antisioniste franco-marocain Jacob Cohen affirme que le royaume du Maroc a constitué, depuis plusieurs décennies, un maillon essentiel de la stratégie israélienne de normalisation avec certains pays arabes.
Selon lui, le Maroc représente «le point faible de la structure arabe vis-à-vis du sionisme» et a servi de «porte de pénétration» à Israël dans la région. Cohen estime que Rabat a joué un rôle déterminant dans la légitimation progressive de l’Etat hébreu auprès de plusieurs pays arabes, bien avant les accords de normalisation signés ces dernières années.
L’auteur rappelle que les relations entre les services secrets marocains et israéliens remontent au milieu des années 1950. Il évoque notamment la coopération entre le palais royal et le Mossad sous le règne de Hassan II.
Jacob Cohen cite également le rôle joué dans les années 1980 par André Azoulay, conseiller du roi et figure influente du monde économique international, expliquant que l’arrivée officielle du Premier ministre israélien Shimon Peres au Maroc en 1986 a marqué une étape majeure dans le rapprochement entre les deux pays.
Au-delà de la coopération diplomatique, Cohen s’intéresse à ce qu’il considère comme une évolution culturelle et mémorielle. Il évoque notamment le «projet Aladin», lancé à la fin des années 2000 afin de «sensibiliser» les sociétés arabes et musulmanes à l’histoire de la Shoah. Le Maroc, souligne-t-il, a été le principal terrain d’expérimentation de cette initiative, notamment à travers des conférences, des expositions et des programmes universitaires.
L’écrivain précise toutefois que cette orientation se heurte à une forte résistance populaire. Il rappelle la polémique provoquée par un projet de mémorial consacré à la Shoah dans la région de Marrakech. Face aux critiques, les autorités marocaines ont fait machine arrière. «Les autorités savent que le peuple marocain reste majoritairement anti-israélien», affirme-t-il.
Pour Jacob Cohen, cette divergence entre les choix du Makhzen et les sentiments d’une partie importante de l’opinion publique marocaine constitue l’une des principales caractéristiques du dossier israélo-marocain.
Par ailleurs, l’auteur estime que le rapprochement entre Israël et plusieurs capitales arabes s’inscrit dans un rapport de force régional marqué par les pressions politiques, économiques et sécuritaires exercées sur les Etats de la région. Dans cette lecture, le Maroc apparaît comme un laboratoire de la normalisation avant d’en devenir l’un des acteurs les plus visibles.
K. M.


