Par M. Aït Amara – Pendant que les Marocains subissent la hausse du coût de la vie, le stress hydrique et les difficultés d’accès à certains services publics, une autre réalité se joue loin des caméras. Officiellement, il ne s’agit que de visites privées du président des Emirats arabes unis. En réalité, ces rencontres accompagnent une redéfinition profonde de la politique économique d’en Maroc sans souveraineté depuis la normalisation avec Israël et les mesures antipopulaires qui lui sont imposées de l’extérieur.
Les chiffres donnent la mesure de ce basculement. En 2024, selon l’Office des changes, les Emirats arabes unis sont devenus le premier investisseur étranger du royaume avec 3,1 milliards de dirhams de flux nets, soit une hausse de 57,8% en un an. Dans le même temps, la part des investisseurs non européens est passée de 12% en 2019 à 28% en 2024. Une évolution majeure qui s’est produite sans véritable débat public, indique une enquête réalisée par un média alternatif fin connaisseur du Maroc.
Derrière les déclarations diplomatiques sur les «liens fraternels» entre Rabat et Abu Dhabi se dessine une réalité beaucoup plus complexe cachée aux Marocains qui se posent une question cruciale : qui décide réellement des priorités stratégiques du pays et selon quels mécanismes de contrôle démocratique ?
En effet, malgré l’ampleur des engagements annoncés, les citoyens marocains disposent de très peu d’informations sur les résultats attendus. Les communiqués évoquent des milliards de dirhams, des partenariats innovants et des consortiums internationaux. En revanche, il leur est impossible d’obtenir des réponses précises à des questions élémentaires : combien d’emplois seront créés ? Quand les projets entreront-ils en service ? Quel sera l’impact sur la facture d’eau ou d’électricité des ménages ?
Cette opacité nourrit une défiance croissante. D’autant plus que le problème ne semble plus être celui du financement. Les capitaux existent. Les partenaires existent – la France, Israël et les Emirats. Les protocoles d’accord existent. Pourtant, les retards continuent de s’accumuler et les bénéfices promis peinent à se matérialiser dans le quotidien des citoyens.
Entre la signature d’un mémorandum et l’achèvement d’un chantier, une mécanique administrative complexe ralentit l’exécution des projets. Etudes, appels d’offres, arbitrages institutionnels, coordination entre ministères et collectivités : chaque étape devient un point potentiel de blocage. Résultat : les annonces se multiplient plus vite que les réalisations.
L’alliance entre le Maroc et les Emirats ne se limite d’ailleurs plus à l’économie. Elle s’étend aux questions diplomatiques et stratégiques. Les investissements s’accompagnent d’une soumission politique de plus en plus visible sur plusieurs dossiers internationaux. Là encore, l’opinion de la rue marocaine contraste avec les positions du régime.
Les milliards annoncés impressionnent. Les visites officielles attirent l’attention. Mais pour une partie croissante de l’opinion, une question demeure sans réponse : à quel moment ces partenariats stratégiques produiront-ils enfin des résultats visibles, mesurables et vérifiables pour les citoyens ?
Tant que cette réponse ne sera pas apportée, chaque nouvelle annonce est perçue moins comme une avancée que comme une promesse supplémentaire venant s’ajouter à une longue liste d’engagements dont les effets concrets restent à démontrer.
M. A.-A.


