Par Mehenna H. – Certaines séquences diplomatiques donnent parfois l’impression que la réalité a été confiée à un scénariste amateur de paradoxes. La dernière en date mérite une place de choix dans cette catégorie : un Etat – la France – et un sous-Etat qui en dépend – le Maroc – célèbrent avec gravité la signature d’un traité présenté comme historique, alors même que l’un demeure sous le protectorat assumé de l’autre.
L’un tient la plume pendant que l’autre signe avec enthousiasme. C’est ici que le spectacle prend toute sa saveur. Voir une puissance protectrice signer un accord avec ce qu’elle protège revient un peu à assister à une réunion où le chef d’orchestre et le violoniste débattent d’égal à égal sur la partition, alors que l’un écrit la musique depuis le début. On applaudit la concertation, on admire la mise en scène, mais on cherche encore la frontière entre autonomie et dépendance.
Là où les diplomates français et marocains nous bassinent avec une présumée relation d’Etat à Etat, les observateurs plus taquins y voient surtout une forme de gymnastique institutionnelle où on tente de concilier l’inconciliable : l’existence d’un protectorat et la prétention à une souveraineté pleine et entière. Une sorte de grand écart permanent, exécuté avec le sourire, mais dont la tension musculaire est visible à l’œil nu.
Il faut dire que la scène internationale adore ces arrangements paradoxaux, où chacun accepte de jouer un rôle défini à l’avance, même si le scénario contredit manifestement la réalité du rapport de force. Barrot et Bourita signent, se félicitent, photographient l’instant et repartent avec un traité qui ressemble davantage à une mise en scène de consensus qu’à une impossible redéfinition des équilibres.
Alors, schizophrénie diplomatique ? Le mot est tentant, mais un peu brutal. Disons plutôt une forme raffinée de double discours institutionnalisé, où Paris et son appendice Rabat parviennent à affirmer simultanément une chose et son contraire, sans jamais perdre le fil du protocole.
Au fond, tout le monde semble satisfait, puisque la France conserve son rôle de maquerelle et le Maroc celui de putain. Quant au traité, il fait semblant de croire qu’ils sont simplement deux égaux discutant d’avenir commun. Une belle histoire, tant qu’on évite de regarder de trop près le scénario.
M. H.


